[ Hugo BRUTIN ]

Ce qui a commencé d'une manière ludique et presque irréfléchie, s'est développé jusqu'à devenir un signal.

Un signe qui possède une tension, un motif, apparamment fortuit qui est l'ombre d'une pensée qui prend l'allure d'un message ou d'une prise de position, devient une méditation colorée concernant le monde bizarre dans lequel il s'est retrouvé.

Les signes enfouis dans des ondes d'un coloris délicat et fragile se réfèrent tous à des expériences de tous les jours. Ils rappellent quelque chose de concret qui possède en même temps une portée universelle càd des chiffres, des cadrans, des échelles, des références digitales à la fuite du temps, mais aussi aux nombreux carcans qui caractérisent notre système et que nous avons construit nous-mêmes....

Ses tableaux sont souvent des cartoons agrandis et élaborés; ils méditent sur l'homme et les moyens qu'il a inventé et créé pour en devenir l'esclave sans trop l'avoir voulu.

Ses tableaux sont des signaux se référant à des expériences de tous les jours, mais qui possèdent un rayonnement universel.

Lui-même les décrit parfois comme des conflits. Quoique modérés et quelque peu moqueurs, ils incarnent les aspirations d'un homme de la fin du vingtième siècle.

Cet homme participe activement et intensément à l'époque dans laquelle il vit, ce qui ne l'empêche pas de constater avec quelque mélancolie que nous sommes tous pris dans un système, dans un réseau de chiffres, d'aiguilles, de graduations et d'échelles, de références digitales se rapportant au temps et à des pourcentages, un réseau que nous avons inventé comme une espèce de délivrance et auquel il est particulièrement difficile d'échapper.

Dans plusieurs de ses tableaux, il a raconté son étonnement et sa tendre rébellion à l'égard de ces entraves; il les a traduits en signes; il les a décorés de couleurs de base tels le rouge, le jaune et le bleu où apparaissent des êtres vifs au rythme personnel.

Il est intéressant de constater qu'une grande part de la figuration dans ses tableaux, humaine ou autre, est puissée dans la réalité ou provient d'images qui nous assaillent tous les jours, sans que nous nous en apercevions pour autant.

Ainsi, dans cette vaste plaine d'un coloris délicat, se dressent des signaux, des pochoirs, des profils représentant nos expériences quotidiennes, emprisonnés dans une réflexion rehaussée de couleurs tendres.

Plusieurs de ces figures que nous retrouvons dans les brumes de son coloris avaient été préablement esquissées dans un carnet : notes hâtives mais précises empruntées à la réalité ou surgissant sous la forme d'une idée soudaine.

Au cas où l'on voudrait absolument saisir une certaine évolution dans son oeuvre au cours des années, on pourrait avancer que ses oeuvres plus anciennes sont peuplées de manière plus intense de signes et qu'actuellement il y est plutôt question de développer une idée, un conflit.

Mais les références au digital et à l'analogue, au temps et au téléphone, à la television, au besoin de mesurer et de reproduire en chiffres des choses immesurables ainsi que les aspirations à une relation humaine ou celle entre homme et femme y sont toujours présentes. Ces tableaux paraissent pourtant quelque peu plus concrets, plus inspirés par des émotions ou des expériences réelles même si ces 'aventures' plutôt personnelles doivent être situées dans un contexte universel.

Carl Soete peut être considéré comme une figure à part dans les arts plastiques d'aujourd'hui.

Bien que ses tableaux révèlent aussi bien son métier que son sens du coloris et du rythme, ils incarnent chaque fois une idée, une méditation. Parfois cette idée ne se lit pas immédiatement même pas par celui qui s'est initié à son langage de signes et de signifiants, de touches et de gestes et au symbolisme de ses couleurs.

Une oeuvre d'art de Carl Soete est un écran où chacun peut projeter une part de ses tensions et de ses préférences.

Hugo Brutin.